Journaliste
Restaurer c’est tout d’abord une opération écologique. Par conséquent, dans une société de consommation absolue dans laquelle triomphe la logique de l’achat, consommation, jette et rachète, c’est aussi une opération morale. Le paysage italien est trop construit, exhortaient les pionniers de l’environnement moderne dès les années 60, au temps de Italia Nostra, des campagnes de Antonio Cederna et de «l’Espresso» contre les spéculateurs immobiliers, le sac de Rome, la bétonisation des côtes en Ligurie comme en Sicile. On le dit depuis lors mais la prise de conscience de cette grave pollution physique et visuelle est restée une passion de quelques uns, l’attention d’une minorité souvent marquée comme snob, élitaire ou même intégriste. Comme si défendre l’intégrité du paysage aurait un rapport avec les nouvelles formes d’intégrisme.
Mais non. Défendre le paysage italien, les centres historiques, chaque quartier ou les implantations de valeur est désormais une tâche de grande actualité. Non moins celle de promouvoir une bonne architecture contemporaine, un bon aménagement urbain pour nos villes. Il n’y aura jamais une véritable culture du contemporain de qualité si nous n’apprenons pas à sélectionner, quand nous regardons le passé, l’important de ce qui ne l’est pas, ce qui mérite d’être sauvé et ce qui peut être détruit sans pertes, et peut-être même avec un avantage.
On dit que restaurer coûte plus que construire à neuf. C’est vrai car restaurer est aussi une activité culturelle. L’action de sauvegarde est justement la valeur ajoutée, et la culture, en tout milieu, de la musique symphonique à l’édition libraire, requiert des coûts additionnels. Tous les entrepreneurs qui, du bâtiment traditionnel, en passant par le bâtiment avec valeur ajoutée (et la restauration d’une villa vénitienne, d’une usine abandonnée du début du 20ème siècle, d’une église désaffectée ou même seulement d’un kiosque à journaux historique, comme nous a enseigné le Fond pour l’environnement italien - Fondo per l’ambiente italiano - signifient justement ceci) deviennent des entrepreneurs de mérite. Le seul acte de récupération et de sauvegarde d’un élément important de la précieuse tradition architectonique italienne devient une valeur ajoutée pour la réputation de l’entrepreneur même et de son entreprise. Aussi bien dans les réalités «profit», celles d’un entrepreneur qui opère sur le marché réel, et non dans un marché protégé ou subventionné.
Toute personne qui se consacre à la restauration architectonique avec amour et scrupule philologique accomplie un acte qui, tout d’abord, risque d’être économiquement désavantageux mais qui, en moyenne période, est destiné à la récompenser. Avec cette valeur en plus qu’est l’étiquette spéciale de l’entreprise illuminée ou de l’entrepreneur illuminé. Un mot qui se répandit en Italie il y a de nombreuses années, au temps de Adriano Olivetti, mais qui d’après moi est plus actuel, plus nécessaire, plus précieux que jamais. Surtout ici, en Italie, où il ne passe pas une semaine sans l’annonce d’une destruction, d’une négligence de l’environnement. Non seulement devant un viaduc laissé à la moitié de l’œuvre à cause de la mafia calabraise ou un éco-monstre du moment c’est-à-dire dans les cas plus éclatants amplifiés par le système des médias pour se laver la conscience mais aussi devant la petite dégradation quotidienne de notre paysage urbain et suburbain, dans la banalité impunie des «villettopoli» (l’univers pavillonnaire italien) et des nombreux non-lieux métropolitains. Le plus répandu et le plus difficile à combattre.
Enrico Arosio

