ècrivain et journaliste
Un vase, un vêtement, un livre, une place, un palais ancien, un sentier de campagne, une ferme, un filoir séculaire, un virage de colline, une ancienne lampe: toutes les belles choses devraient pouvoir être restaurées, elles doivent l’être. Même un rapport, un sentiment, une amitié, un souvenir, ou la tranquillité d’un bois et d’un regard, une journée de «spleen». Pourquoi devons-nous sauver la grâce qui est en nous et autour de nous, dans les objets et dans les choses que nous aimons et qui se font aimer, celles qui nous donnent de l’harmonie. Car restauration veut aussi dire détente, une pause après la fatigue, une fuite du désordre vers la sérénité et la beauté.
La restauration est difficile mais c’est l’unique chance qui nous reste : c’est une lutte contre la vulgarité, contre l’incurie et le cynisme, c’est une lutte contre la production sérielle et l’aluminium anodisé, une lutte contre le cancer de l’arrogance et de l’éternit, contre la rapacité de l’argent, de la consommation et des sentiments. Beaucoup de choses constituent déjà une détérioration, dans la vie – le temps qui passe, notre fragilité, nos vices - la seule espérance est restaurer, battre et lever, se défendre des insultes et des niaiseries, de l’inutile, des « livres sans mots et de la musique qui n’a pas d’oreilles », des laideurs.

