Achille Bonito Oliva

Critique d’art

Dans son souci d’immortalité, l’art s’est lui-aussi résigné au lifting, à la restauration des oeuvres détruites par le temps ou menacées par l’homme.
Pour l’art contemporain en revanche, la restauration semble un oxymore. Pourquoi restaurer des oeuvres que l’artiste a délibérément réalisées avec des matériaux éphémères et modernes, quotidiens et extra-artistiques?
Je crois plutôt que cela soit également dû au narcissisme contradictoire de l’artiste, et plus particulièrement à un marché de l’art qui crée de la circulation et à un collectionnisme basé sur la thésaurisation.

Jusqu’à maintenant, en Italie, la restauration d’art contemporain a été affrontée avec la même hypocrisie que le cas Welby : obliger une personne ou un objet à survivre contre son gré, éviter tout geste d’euthanasie, incapables comme nous le sommes de respecter les intentions d’autrui. Si l’art contemporain est plus la production de concepts que celle d’objets, alors il serait intéressant, par rigueur, d’en interdire toute restauration (oeuvres réalisées avec des matériaux éphémères et caducs). Mais pour honorer les artistes, voici ma proposition : enterrer les auteurs avec leurs oeuvres.

Comme les pharaons donc, une façon de rendre hommage à l’art contemporain, mais avec la rigueur et l’ironie qui ont toujours caractérisé la stratégie des avant-gardes historiques, des néo-avant-gardes et de la transavantgarde.

Achille Bonito Oliva

www.achillebonitoliva.com